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Les Conférences

Mardi 27 août - 20h30

Histoire de l'urbanisme
M. LETELLIER - CAUE Angers

Un peu de l’histoire de l’urbanisme contemporain à Angers

La ville d’Angers est une ville moyenne qui a su garder un certain équilibre territorial et une échelle favorable à la lisibilité de son histoire récente. Rien n’est vraiment caricatural ici. Les cinquante dernières années ont toutefois déployé dans cette ville les différentes formes urbaines caractéristiques des urbanismes de l’après-guerre. On pourrait presque y voir une sorte de laboratoire expérimental des différents modes de construction et d’évolution urbaines. Première ZUP de France dans les années 50, extension type « grands ensembles » dans les années 60, expériences de mixité dans les années 70, ville nouvelle associée à l’idée de nature dans les années 80, le tout associé aux grands manifestes de la reconstruction des quartiers insalubres, aux expériences de rénovation urbaine et aux recherches innovantes sur les modes d’habiter. Aujourd’hui encore, la reconstruction de la ville sur la ville et l’émergence du développement durable apparaissent comme une leçon de chose, en quelque sorte.

Parcourir le paysage urbain construit à Angers depuis 1950 peut ainsi apparaître comme un raccourci bien lisible de l’histoire de l’urbanisme contemporain.

La région des Pays de la Loire est une région purement administrative, ne correspondant à rien d’historique ni de géographique. En effet, ses différentes grandes villes ont des liens géographiques (et historiques) différents: Nantes et la Bretagne, Le Mans avec Paris, liens avec la Vendée, le Poitou Charente, l'Anjou...

Angers a longtemps été la capitale régionale intellectuelle et universitaire. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre Mondiale qu'elle cède sa place de capitale administrative à la ville de Nantes, qui prend, démographiquement, de plus en plus d'ampleur. (entre 1990 et 1999, unité urbaine de Nantes: 544 932 h + 9,8 %; unité urbaine d’Angers: 226 843 h  + 7,1 %)

Angers dans le grand ouest, en Région Pays de la Loire
 


Angers, confluence de circulations

 

 

l’axe du schiste

Angers est située sur la Maine, près de la confluence de la Mayenne, de la Sarthe, et du Loir. La ville s'est installée à un noeud de circulation entre un axe Nord-Sud et un axe Est-Ouest, sur un seuil Appalachien, impliquant un resserrement du relief
L'axe nord-sud est un axe fluvial, de circulation entre Nantes et Paris; l'axe Est-Ouest est un axe géologique correspondant à une ligne de crête (filon du schiste armoricain).
Le schiste est omniprésent dans la ville. La présence des mines de Trélazé a habillé et habille encore la ville, et l'ardoise qu'on en extrait représente toujours 90% de la production française. D'autre part, Angers est cernée par de nombreuses zones inondables, le site est un véritable goulot; ce qui induit des contraintes foncières importantes pour l'organisation de la ville.
L'eau et le schiste sont donc les principaux matériaux de construction d'Angers.

l’omniprésence de l’eau

les inondations de 1995

 


l’urbanisation en 1909

Les évènements marquants:
remplacement des remparts par une ceinture de boulevard en 1807; implantation des
premières gares, Saint Laud en 1849 et Saint Serge entre 1878 et 1880; aménagement des berges, quais, reconstruction des ponts de Haute et Basse Chaîne en 1840; premières opérations de rénovation urbaine, rive droite, de la Doutre, en 1862; développement très fort de l’urbanisation entre 1880 et 1909 notamment sur la rive gaucheavec de nouveaux cimetières à l’est et à l’ouest; nouvelles casernes; site industriel Bessoneau développé en 1895; constitution de l’agglomération par la jonction Angers-Trélazé

Les évènements marquants:
peu de développement de la ville entre les 2 guerres; extension le long des axes routier entre 1950 et 1962; construction de la première rocade (bld Sud) prévu au plan de 1934; premier grand ensemble : Belle Beille en 1953; premières zones d’activité (Croix Blanche, Saint Serge, Beaucouzé); deuxième génération de grands ensembles avec Monplaisir et début de l’urbanisation de La Roseraie.

l’urbanisation en 1962

l’urbanisation en 1981

Les évènements marquants:
la ville d’Angers devient une agglomération intégrant les villes périphériques de Trélazé, Saint Barthélémy, Avrillé et Beaucouzé;
urbanisation des territoires horticoles de la ville (la Roseraie); création de la voie sur berges et du quatrième pont sur la Maine

Les évènements marquants:
la quasi totalité du territoire communal est construit (à l’exclusion des zones inondables et du plateau des Capucins (300 ha en étude de définition aujourd’hui); l
e lotissement de maisons individuelles est majoritaire; fort développement des zones d’activité en entrée de ville et, notamment, en accompagnement de l’arrivée de l’A11


l’urbanisation en 1997

Les quelques exemples qui sont présentés ci-dessous, montrent la tendance de la constitution urbaine.

L'agglomération d’Angers aujourd’hui: la situation de Belle Beille

le quartier de Belle Beille

le site de Belle Beille

La zone de Belle Beille est un espace de 12 hectares, propriété de la ville d’Angers et de la caisse des écoles en 1950. C'est un espace de landes et friches à l’écart d’Angers, pauvre et sans activité particulière. Dans les années 50 débute une discussion sur la constitution d'un quartier de logement social ( mixte HLM et pavillons) pour un public provenant de l'exode rural, de la reconstruction suite aux bombardements de la guerre... Si ce quartier est choisi, c'est qu'il est peu cher, et qu'il représente une opportunité foncière plus que l’attrait d’un environnement de qualité.
Il s'avère que ce site, proche du plan d'eau St Nicolas, dans un environnement paysager arboré est très intéressant.

La construction a lieu de 1953 à 1960 en trois étapes: 1953-54/1957-58/1959-60. L'avenue N-D du Lac est une voie structurante. Les immeubles sont en barres selon un procédé de fabrication nouveau et rapide: la préfabrication Bonpère. Cette construction est encouragée par le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, dirigé par M. Claudius-Petit. C'est l'une des premières zones d'urbanisation prioritaire (ZUP) de France.
Le rapport aux espaces verts et au paysage est privilégié, d'autant plus que la tradition angevine est très liée au végétal.


Belle-Beille, l’une des premières ZUP de France

voir d'autres photos du quartier Belle-Beille

Aujourd’hui, le quartier a 12 902 habitants (en 1999), 50% ont moins de 25 ans (présence étudiante), hors étude en cours, 25% de la population n’est pas diplômée, il y a 20% de chômeurs contre 16% en moyenne pour la ville d’Angers, 34,6% ont le même logement depuis 1990.

L'agglomération d’Angers aujourd’hui: la situation de Monplaisir


quartier de la ZUP Nord, Monplaisir

le site de Monplaisir

A la différence de ceux du quartier de Belle-Beille, les terrains du quartier de Monplaisir avaient une valeur agricloe intéressante. Leur rachat par l'Etat a donné lieu à une bataille avec les agriculteurs. Ils couvrent une superficie de 82 hectares.
Les constructions correspondent au vocabulaire classique des grands ensembles: immeubles ponts, barres, tours, absence de mixité (logements locatifs sociaux uniquement),
centre commercial au centre du dispositif. Elles comportent 2300 logements...Pourtant, on constate aujourd'hui une appropriation du quartier par ses habitants.


   première tranche en 1963

l'ensemble d'habitation

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Aujourd’hui, le quartier a 11 112 habitants, 38% de moins de 25 ans, 7,4% d’étrangers contre 3,3% sur l’ensemble de la ville d’Angers, 24% sont au chômage, 18,3% sont diplômés du bac au moins, 44,4% ont le même logement depuis 1990.

L'agglomération d’Angers aujourd’hui: la situation de la Roseraie


quartier de la ZUP Sud, La Roseraie

le site de la Roseraie

 


la construction de la première tranche en 1963

Ce site est bâti sur un secteur horticole à forte valeur ajoutée foncière. Il comporte un programme mixte: habitat collectif et individuel, opérateurs publics et privés, équipements et activités diverses, innovation urbaine, chauffage collectif depuis l’usine d’incinération. On peut noter un surdimensionnement des voiries, une omniprésence de l'espace automobile et une mixité formelle, mais non réelle des espaces d’habitat et de services.

Le quartier a 6 500 logements pour 20 000 habitants initialement et 17 000 aujourd’hui (- 12,6% d’habitants entre 1990 et 1999). Ceci s'explique probablement par la vacance de l’habitat social, décohabitation des ménages.

 

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Une autre tentative d'habitat: le village expo 1967

Ce village provient d'une d'expérimentation urbaine qui a vu le jour au cours des années 70. L'idée de base est de créer une forte concentration d'habitations de petite taille. Les murs sont le long de l'espace public, qui est bien distinct de l'espace privé.

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L'agglomération d’Angers aujourd’hui: le quartier du lac de Maine  


le lac de Maine

le site du lac de Maine

 

 
le site du Lac de Maine

A la suite de l'important remblaiement du quartier St Serge et de la construction de l'autoroute A11, un lac artificiel de 90 hectares est creusé: le lac de Maine. Autour, un espace en amphithéâtre domine la ville.
La constrcution de cet espace provient d'une nouvelle génération d'approche de la ville, loin des poncifs dictés par le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme: nous sommes dans les années 60.
La démarche et la suivante: créer un espace d'habitation, proche d'une zone de loisir (le lac), avec un centre commercial structurant au centre (construit en 1983) et un habitat collectif dense, constitué de logements collectifs et de maisons individuelles. Cet espace, encore à proximité de zones agricoles pourrait à terme s'autonomiser en Ville nouvelle. C'est du moins l'idée de l'atelier Levy, architecte et urbaniste, consulté sur la question. Cette zone d'habitation concentrée (ZAC) de 300 hectares comporte des éléments préfabriqués conçus par FEROLBOSC-Rolland architecte en 1981-1982. Il s'agit d'un nouveau genre d'immeubles, appelés ILT (car en forme de I, de L ou de T), constitués d'éléments préfabriqués transportables à l'aide de grues. Ils sont montés en 6 mois.La construction de l'ensemble a lieu en plusieurs étapes:

première tranche 1970 – 1980: 2 300 logements dont 40% pavillonnaires (espace pavillonnaire de faible densité: 2 097 hab/’ha contre 4 013 pour l’ensemble de la ville).
deuxième tranche Bois de Mollière: 500 logements individuels.
Aujourd'hui, l'ensemble est constitué de 110 gectares d'habitations, d'un plan d'eau de 90 hectare, d'un centre nautique, d'un camping, d'une Maison de l’environnement. On constate une augmentation des habitants de 40 % entre 1990 et 1999 (6 126 habitants). La population est jeune: 35% ont moins de 20 ans contre 24% pour la ville. Le taux de chômage est de 9 %. Un expérience est menée dans ce quartier du lac de Maine: un habitat bioclimatique, conçu par Mazeau-Parant-Énard architectes en 1983 27 pavillons individuels sont construits.


habitat bioclimatique

 

 

 

le parc de loisir et la capitainerie

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L'agglomération d’Angers aujourd’hui: le quartier St Nicolas, un exemple de rénovation urbaine


le quartier

le site de St Nicolas dans la Doutre

Dans les années 70-80, le qiartier St Nicolas est rénové. C'est une opération volontaire et complexe, notamment à cause de la présence de quartiers médiévaux. Cette opération est menée par les architectes-urbanistes Andrault, Para et Mornet ( également en charge du Palais Omnisport de Paris-Bercy). C'est la deuxième rénovation urbaine d’Angers après celle du quartier St Michel. 6 hectares sont rasés, 740 logements vétustes sont démolis pour la construction de 640 logements neufs, dont 30% de logements sociaux.
Un parti-pris architectural moderne et très urbain est choisi.


la rue st Nicolas, quartier insalubre, avant rénovation urbaine

1966, début des travaux

les habitations

une vue d'ensemble

 

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Un exemple atypique : les immeubles Kalouguine


le site des immeubles Kalouguines

les immeubles

En 1971 le premier programme d'architectures nouvelles (PAN) est lancé sur le thème « Une architecture nouvelle pour les HLM collectives ».Il s'agit de modifier l'habitat collectif social, d'imaginer des nouvelles façons d'habiter. En 1972, 11 projets sont retenus sur les 50 présentés. L'architecte V. Kalagouine propose un ensemble d'habitations végétalisées. Le principe est de construire un squelette de bâtiment qui serait recouvert d'une végétation, qui en deviendrait le matériau. Pour des raisons d'étanchéité, les murs seront finalement recouverts de résine.

L'objectif est de "réconcilier l'Homme et la Ville", comme le dit le Ministre Jacques Barrot lors de l'inauguration de cet ensemble qui comporte 9 immeubles, 220 logements sur 15 300 m2 de surface habitable. On note effectivement une appropriation très forte de ces logements par leurs habitants.

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La dernière opération : l'aménagement du Front de Maine


le site

les bords de Maine

 


Dans les années 80, s'impose l'idée de reconquérir la Maine. Un concours est lancé pour transformer une ancienne friche urbaine et des abattoirs en des logements mixtes (850) et des équipements urbains (centre culturel, théâtre...). C'est l'architecte C. Vascoli qui le remporte.
L'idée d'y construire également le siège de la nouvelle Préfecture est même évoquée, mais abandonnée car l'emplacement est trop loin de l'hypercentre-ville. Il est ajourd'hui question d'y implanter le nouveau siège de l'ADEME (l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise des Energies).
Un travail sur les zones inondables est entrepris, et a conduit à la requalifications des espaces urbains d'Angers.

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Le crime de la voie sur berge


le site


les voies sur berge aujourd"hui

Cette voie rapide traversant la ville était conçue pour accueillir 60 000 véhicules par jour. Aujourd'hui, ce sont 115 000 véhicules qui traversent tous les jours l'hypercentre-ville d'Angers. Des projets sont à l'étude pour contourner le centre, mais la présence des zones inondables pose problème. Cette voie rapide est considérée comme une trahison de la ville, qui entretenait jusqu'alors un rapport complice avec le fleuve, zone économique intense jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale.

les bords de la Maine, hier...
et aujourd'hui

Le site des prochains enjeux urbains : plateaux des Capucins et de la Mayenne


l'ancien aérodrome: un des derniers espaces aménageables

L'urbanisation ne laisse guère d'espaces disponibles pour de nouvelles constructions. Les seules zones exploitables sont les friches industrielles, ou espaces à réhabiliter. A Angers, les espaces disponibles sont l'ancien aérodrome sur le plateau des Capucins, et le plateau de la Mayenne.
L'accroissement de la population et le manque de zones constructibles a amené les Villes et l'Etat à envisager une politique globale. La loi SRU de 2000 (Solidarité et Renouvellement Urbain) donne des contraintes, des pistes et surtout un cadre législatif pour le développement urbain.

Où l'on voit comment la politique de la Ville d'Angers représente l'évolution de l'urbanisme en France

Pour la construction des quartiers de Belle-Beille, de la Roseraie et de Monplaisir, l'Etat est omniprésent. Les décisions sont prises par le Ministère de la Reconstruction et d l'Urbanisme à Paris, sans aucune prise en compte des spécificités régionales en matière d'architecture ou d'urbanisme. Le corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées est très puissant.
A partir des années 60, et surtout de la décentralisation de 1982, la politique du logement est décidée localement. Pour le lac de Maine, et les aménagements qui ont suivi, c'est l'agence d'urbanisme d'Angers qui traite les dossiers, en développant ses propres outils de gestion et de maîtrise de l'urbanisation.

 

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