Le mystère de la flamme dans l’espace

Elle a beaucoup voyagé, on en a beaucoup parlé, et elle brille depuis 10 12 13 jours : je parle bien sûr de la flamme olympique. Mais avant d’illuminer le ciel de Sotchi, elle a fait un séjour dans l’espace, en orbite à 300km dans la Station Internationale. Une flamme dans l’espace ? Comment est-ce possible ? Retour sur cet événement symbolique très médiatisé du mois de Novembre 2013, avec un article plus long que d’habitude, mais assez complet.

Le relais de flamme olympique en route vers les JO. Photo: Sotchi2014

Le relais de flamme olympique en route vers les JO – Photo : Sotchi2014

Pas de fumée sans feu, pas de flamme sans torche

La flamme olympique c’est tout un symbole : lors d’une cérémonie à Olympie en Grèce, elle prend vie sous l’action des rayons du soleil concentrés par un miroir parabolique. Elle est ensuite transportée par des relayeurs à l’aide d’une torche, sous la responsabilité du comité olympique du pays organisateur. La torche olympique parcourt alors des milliers de kilomètres sur les routes du pays. Et, avant d’arriver à Sotchi pour les JO d’hiver 2014, elle a battu tous les records de distance : 65000 kilomètres, à pieds, en traineau, bateau, train, avion

Le parcours incroyable de la flamme tout autour de la Russie - Image : AFP

Le parcours incroyable de la flamme tout autour de la Russie – Image : AFP

Mais surtout, elle s’est envolée dans l’espace à bord d’une fusée Soyouz pour un séjour sur l’ISS (du 7 au 11 Novembre) et une sortie extra-véhiculaire le 9 Novembre. A cette occasion on pouvait lire ces titres dans la presse :

  • JO de Sotchi: la flamme olympique dans l’espace – l’Express
  • La flamme olympique décolle pour l’espace – Le Courrier International
  • Les cosmonautes sortent avec la flamme olympique dans l’espace – RTBF
  • La flamme olympique fait un tour dans l’espace – iTele
  • La flamme olympique s’est aventurée dans l’espace – Euronews
Messieurs les journalistes, c’est bien une flamme, mais ca n’est pas la flamme olympique ! – photo : AFP/Kirill Kudryavtsev

Messieurs les journalistes, c’est bien une flamme, mais ca n’est pas la flamme olympique ! – photo : AFP/Kirill Kudryavtsev

En découvrant cette info surprenante je me suis tout de suite demandé : « une flamme dans l’espace ? Dans l’ISS ? Est-ce bien possible ? »
Les gros titres reprenaient, entre autres, une déclaration (ou sa traduction ?) ambigüe de Dmitri Tchernychenko, le président du comité d’organisation des Jeux d’hiver de Sotchi 2014 :
« La Russie fut le premier pays à envoyer un être humain dans l’espace. Aujourd’hui, nous nous fixons un nouveau record : y expédier le flambeau olympique »

Il parle ici de flambeau. D’après le dictionnaire de wikipedia un Flambeau c’est une Torche en train de brûler, en particulier lors des processions.  Alors, s’agissait-il d’une torche allumée (donc un flambeau) ou non ?

Jouer sur les mots – pour marquer les esprits

La réponse se trouvait en général quelques lignes plus bas dans plusieurs articles de presse écrite, comme par exemple dans Le Nouvel Observateur :
« La flamme est éteinte pour raisons de sécurité à bord de Soyouz comme de l’ISS […] (elle) est donc bien restée allumée, mais sur terre. Dans une capsule qui ressemble à une lampe à pétrole, en attendant le retour du flambeau olympique ».

Et je cite cet article pour sa pertinence : la journaliste s’est, comme moi, interrogée sur les annonces de flamme dans l’espace.
Nous n’allions donc pas voir de flamme brûler dans le vide spatial : dommage, car j’étais curieux de savoir à quoi cela ressemble en l’absence de gravité ! J’ai essayé d’imaginer quelle forme pourrait prendre une flamme : une sphère, comme le whisky du Capitaine Haddock dans la fusée lunaire, ou comme dans les expériences -et souvent jeux- d’astronautes ?

Video: Richard Garriott montre le comportement d’une goutte d’eau en apesanteur.

Les vraies expériences de flamme dans l’espace

Après quelques recherches et informations obtenues de plusieurs contacts (merci Pif et Stéphane), il apparait que c’est essentiellement les astronautes de la NASA qui ont manipulé une flamme, et par extension la combustion, en microgravité ; ils ont pu ainsi documenter le comportement de flammes afin d’améliorer la combustion sur terre.

Expérience de microgravité dans les années ’80

Howard Ross, responsable de la section Combustion en microgravité au Centre de Recherche Glenn de la NASA à Cleveland, Ohio, expliquait au New York Times en Juillet 1992 que ; jusqu’à il n’y a encore pas si longtemps ; les scientifiques ne savaient pas si oui ou non une bougie pouvait brûler dans l’espace.

A partir de 1984 ils ont effectué des tests au centre de recherche, depuis la tour de microgravité (« drop tower ») haute de 100 pieds (30 mètres environs), ou le puits (« drop shaft » de 510 pieds (155 m environs). Ces structures permettent la chute libre d’objets et donc de les mettre en situation similaire a celle qu’ils auraient à bord d’une station orbitale, c’est-à-dire la microgravité. Mais la chute est rapide, et les objets ne sont soumis à la microgravité que durant quelques secondes seulement (2.2 sec et 5.2 sec pour les structures évoquées). Ça n’est pas l’espace mais ça s’en approche.

Les tests en chute libre ont montré qu’une flamme de bougie continue de brûler en microgravité. Les scientifiques ont ensuite testé d’autres objets en flamme, et en particulier en 1990, une boite de conserve dans laquelle se consume de l’hydrogène. Une camera 16mm enregistrait la chute et après développement du film, l’équipe de Paul Ronney qui menait ces expériences, a observé un phénomène incroyable : après la formation d’une seule grosse flamme, celle-ci d’est disloquée en plusieurs petites boules qui se déplaçaient aléatoirement un peu comme des OVNIs. Paul Ronney raconte : « Je pensais avoir fait une erreur. Plusieurs de mes collègues ne me croyaient pas lorsque je leur décrivais l’expérience. En effet, c’était ridicule, personne n’avait jamais rien vu de tel »

Est-ce que les résultats seraient confirmés sur des durées plus longues ? Il fallait donc le vérifier, et mettre au point des équipements appropriés pour être embarqués, tout d’abord dans un avion zéro-G, puis dans l’espace, dans le laboratoire de la navette spatiale Columbia.

Expériences dans la « Glovebox » à bord de Columbia STS-50 (1992)

La Glovebox, une boite à gants bien équipée – Photo : NASA

La Glovebox, une boite à gants bien équipée – Photo : NASA

D’après mes recherches, les premières expériences menées sur une flamme en microgravité spatiale datent de la mission STS-50 en 1992. La Microgravity Science Glovebox – boite à gants pour expériences scientifiques en microgravité– est une enceinte propre qui permettait aux membres de l’équipage de procéder à des tests, des expériences et des manipulations sur des matériaux, même toxiques ou irritants, à l’aide de gants et à travers une fenêtre d’observation. C’est donc lors du vol de Columbia STS-50 que la première photo de flamme dans l’espace aurait été prise : celle d’une bougie.

Une flamme de bougie ressemble à ceci en microgravité - Photo : NASA

Une flamme de bougie ressemble à ceci en microgravité – Photo : NASA

Comparaison d’une flamme sur terre et dans l’espace - Photo : NASA/Glenn Research Center

Comparaison d’une flamme sur terre et dans l’espace – Photo : NASA/Glenn Research Center

On observe un dôme, globalement sphérique – un peu comme on pouvait l’imaginer, similaire aussi à ce que le Prof. Ronney observait dans la tour de chute libre. Mais pourquoi cette forme?

Avant tout, rappelons que pour exister, une flamme a besoin de 3 éléments : un carburant, un comburant (généralement du dioxygène) et une « énergie d’activation ». Par exemple, dans le cas d’un briquet à gaz, il s’agit du butane, du dioxygène de l’air et de l’étincelle formée par frottement de la pierre à briquet (qui est un alliage métallique).

Le magazine anglais Smithsonian explique les formes de la flamme sur terre et dans l’espace très simplement :

Sur la Terre, la combustion d’une flamme réchauffe l’atmosphère qui l’entoure : cet air chaud se dilate, il devient moins dense. Sous l’effet de la gravité, l’air froid, plus dense, est maintenu à la base de la flamme : il déplace l’air chaud qui va alors s’élever. Ce phénomène de convection alimente le feu en oxygène et brûle jusqu’à épuisement du carburant. Le mouvement d’air de haut en bas donne à la flamme sa forme de goutte et provoque son scintillement.
Mais dans l’Espace, des choses étranges se produisent, tandis que la gravité n’opère plus sur les solides, les liquides ni les gaz. En l’absence de gravité, l’air chaud se dilate mais ne s’élève pas. La flamme continue de brûler grâce à la diffusion de l’oxygène dont les molécules, qui se déplacent aléatoirement, parviennent à la source du feu. Sans élévation de l’air chaud, la flamme prend une forme de dôme ou de sphère, presque immobile car l’apport d’oxygène est très faible en l’absence de convection.

Les astronautes sont toujours enthousiastes de voir le feu se former en microgravité. Et vous allez comprendre pourquoi avec les expériences SOFBALL.

SOFBALL : l’étude des surprenantes boules de feu – STS-83 (1997) et STS-94 (1997)

Le Docteur Paul Ronney et d’autres chercheurs ont poursuivi leurs travaux de recherche dans leurs laboratoires sur Terre. Ils découvrent entre autre qu’un éminent physicien Russe, le Prof. Yakov Zeldovich, avait prédit, théoriquement en 1944, l’existence de ces boules de flammes, mais il précisait alors qu’elles seraient si instables qu’elles ne pourraient être observées. Mais pas en l’absence de convection – en microgravité.

Pour créer une boule de flamme, il faut mélanger finement les réactifs (hydrogène comme carburant et oxygène comme comburant) avant de les enflammer. Cette configuration est par exemple réalisée avec essence et air dans le moteur d’une voiture ; mais il ne s’y produit pas de boule de flamme. Et, justement, peut-être qu’en comprenant mieux formation et comportement des boules de flammes il serait possible, sur terre, d’améliorer les moteurs de ce type.

Comme évoqué, le meilleur moyen de comprendre les boules de flammes, c’est de les étudier longuement en microgravité ; donc à bord d’un vaisseau spatial.

La NASA invite régulièrement les scientifiques à proposer des sujets d’étude dans l’espace. Le Professeur Ronney profite de cette opportunité pour exploiter la chambre à combustion du laboratoire de microgravité spatial (MSL) qui était régulièrement embarqué dans la soute des navettes. L’expérience fut nommée SOFBALL : Structure of Flame Balls at Low Lewis-number Experiment (Expérience pour l’étude de la structure de boules de flamme lorsque la chaleur produite se dégage plus lentement que les molécules).

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Le Prof. Ronney figure parmi les 3 Scientifiques non-astronautes sélectionnés pour le vol de Columbia STS-83 en 1997. Cependant Ronney ne s’est pas envolé, il était la doublure de deux autres scientifiques (Pr. Crouch et Pr. Linteris). Le vol ne se déroule pas comme prévu : un problème technique sur la navette écourte la mission au bout de 4 jours; mais, fait unique, le même équipage est reparti quelques mois plus tard sur STS-94 (toujours à bord de Columbia), bénéficiant du coup d’un temps exceptionnellement long pour mener les expériences prévues.

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Les scientifiques de SOFBALL ont réussi à former 58 boules de flamme durant ces deux vols, pour un total de 3 heures d’expérience (à comparer avec les quelques secondes dans les tours de chute libre sur terre). Ils avaient tout d’abord imaginé que les boules ne brûleraient pas plus que 2 ou 3 minutes avant de s’éteindre du fait de l’épuisement du carburant ; à leur grande surprise, elles brûlaient parfois encore à la fin des 500 secondes de l’expérience et avant d’être éteintes automatiquement par l’équipement à l’aide d’un ventilateur ! Imaginez donc de minuscules flammes (quelques millimètres), en forme de boule, qui détachées de tout support, brûlent très longtemps et se déplacent librement dans le module d’expérimentation : c’était fascinant !

Les premières boules de flamme obtenues durant la mission STS, vues au travers d'un intensificateur d'images - Photo: NASA

Les premières boules de flamme obtenues durant la mission STS, vues au travers d’un intensificateur d’images – Photo: NASA

L'astronaute Janice Voss est visiblement amusée d'observer les boules de flamme durant la mission STS-84 - Photo: NASA

L’astronaute Janice Voss est visiblement amusée d’observer les boules de flamme durant la mission STS-84 – Photo: NASA

Le Prof. Paul Ronney et le Prof. Angel Abbud-Madrid, qui ont étudié les résultats de SOFBALL, expliquent que l’expérience sur Terre a montré que pour former des boules de flamme, il faut diminuer la quantité de carburant jusqu’à une limite que les tests en microgravité nous ont aidé à dépasser et donc à mieux connaitre.
« Le carburant brûle très lentement, uniquement à la surface de chaque boule, et plutôt que de se dilater, les gaz dégagés par la combustion se contractent à l’intérieur de la boule. Le nombre et la taille des boules dépendent du dosage du mélange carburant/comburant. Ces boules dégagent une faible énergie, aussi faible que 1W (une flamme d’allumette dégage environ 100W) et ne sont pas visibles à l’ œil nu. Leur durée de vie, qui pourrait dépasser 500 secondes, amène la conclusion la plus importante de l’expérience : invisibles, et de longue durée de vie, ces boules représentent un réel danger pour les voyages spatiaux. En effet, l’hydrogène est présent dans les vaisseaux spatiaux : dans les réservoirs et dans les piles à combustibles (fuel cells) des équipements électriques. L’hydrogène peut aussi être produit par des procédés biologiques [NDR : comprendre flatulence]. Potentiellement, si de l’hydrogène se répand dans l’habitacle, il pourrait être enflammé par une source d’électricité statique, former une boule, flotter dans la cabine durant plusieurs minutes et à son tour mettre le feu à un matériau sensible. »

En plus de mieux comprendre la sécurité incendie à bord des vaisseaux spatiaux, dans les mines, les raffineries de pétrole ou les usines chimiques, l’expérience SOFBALL pouvaient aider à améliorer la conception des moteurs a hydrogène sur terre : même s’ils n’utilisent pas de boules de flamme, les résultats dans l’espace contribuent à améliorer l’efficacité de la combustion et rendre les moteurs moins polluants.

Mais l’expérience ne s’arrête pas là : combien de temps une boule de flamme peut-elle brûler ? Pourquoi les boules se déplacent-elles alors qu’il n’y a pas de convection en microgravité ? Pourquoi sont-elles si sensibles aux accélérations des moteurs d’attitude de la navette spatiale ? Peut-on en apprendre davantage sur les boules de flamme ? La NASA a choisi d’en savoir plus et a proposé de reprendre l’expérience durant la mission STS-107.

A bord le la Station MIR aussi

Entre 1996 et 1997 les scientifiques américains ont mené d’autres expériences sur la combustion de bougies et divers matériaux. Les expériences étaient mises en œuvre dans une glovebox, mais cette fois a bord le la station russe MIR, au cours de missions communes navette spatiale / MIR.

  • CFM (Candle Flames in Microgravity), Juillet 1996, était consacrée à l »analyse du comportement de bougies dans différentes configurations.
  • FFFT (Forced Flow Flame spreading Test), Août 1996, avait pour objet d’observer la combustion de fines feuilles cellulosiques de carburant et de cylindres de polyéthylène chauffés électriquement.
  • OFFS (Opposed Flow Flame Spread), Janvier 1997, étudiait la combustion de cylindres de papier

Si les deux dernières se concentraient sur la combustion en présence d’un flux d’air contrôlé, la première a permis de poursuivre l’étude de la combustion de flammes de bougies menées en 1992 au cours de STS-50.
Il s’agissait de comprendre comment la flamme au bout d’une mèche de bougie se maintient sans afflux d’air (en mode rayonnement pur) ou bien en présence d’un flux d’air très lent (en mode convectif très faible). Sur la base des observations, les chercheurs voulaient comprendre comment la taille de la mèche et celle de la bougie influencent la vitesse de combustion, mais aussi la forme de la flamme, sa couleur et aussi d’étudier les interactions entre 2 flammes très proches l’une de l’autre.
Les résultats, obtenus sur 79 bougies, ont montré que la flamme pouvait se maintenir active très longtemps (de 100 secondes à 45 minutes) et qu’elle se met à osciller lorsqu’elle est sur le point de s’éteindre. La camera n’était pas assez sensible pour capturer des images, et ce sont principalement les observations des astronautes qui ont permis une analyse qualitative plutôt que quantitative. La glovebox aura aussi montre ses limites : sa faible dimension restreint la possibilité de flamme de dimension raisonnables.

L’analyse détaillée de ces expériences est rapportée dans un article de 14 pages (en anglais) présenté au cours de la conférence AIAA 1999.

Expériences SOFBALL2 à bord de Columbia STS-107 (2003)

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Le dispositif expérimental a été amélioré et un grand nombre de résultats ont pu être transmis au centre de contrôle avant le retour tragique de la navette vers la terre.

Les astronautes ont formé 55 boules de flamme. Ils étaient fascinés par ce spectacle, ils avaient l’impression que chacune des boules avait sa propre personnalité ; ils ont donné un nom à 33 d’entre elles : Howard, Kelly…Crick & Watson car cette dernière de déplaçait en tire-bouchon, comme la forme d’hélice de l’ADN.

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 Le dispositif expérimental SOFBALL et d’autres images de boules de flamme
obtenues durant le vol STS-107 – Photo: NASA

  • La plus faible énergie dégagée par l’une des boules était de 0.5W.
  • Une autre boule, Kelly, a brûlé durant 81 minutes et a pratiquement fait le tour de la terre (la navette orbitait en 90 minutes autour du globe).
  • Une boule a brûlé avec seulement 8% du mélange hydrogène-air disponible ; par comparaison, un moteur de voiture requiert au minimum 70%
  • Le mouvement des boules est provoqué par un échange de chaleur au sein d’une boule et l’effet réciproque des échanges sur des boules voisines. Ce mouvement n’a cependant pas été observé dans le cas de certains mélanges contenant du méthane.
  • Une boule va se mettre à osciller lorsque le carburant est pratiquement épuisé : ce phénomène, qu’on observe sur une flamme de bougie sur le point de s’éteindre, avait été prédit théoriquement 14 ans plus tôt, mais jamais observé.

Des flammes toujours plus étranges

Le programme d’expériences en microgravité de la station orbitale ISS comprend un chapitre « La Science de la Combustion et la Pollution». On y retrouve les sujets suivants :

  • Inflammation de gouttes
  • Connaissance de la propagation du feu, meilleur rendement dans les fours, dans les moteurs
  • Détonation dans des nuages
  • Amélioration des mesures de sécurité contre le feu sur Terre et dans l’espace.
  • Phénomènes de combustion
  • Amélioration du rendement dans la production d’énergie
  • Diminution des polluants et des déchets
  • Compréhension du réchauffement global.

On reconnait dans les points numéro 2 et 4 le sujet de la flamme et de la sécurité incendie.

Dans ce contexte, de nouvelles expériences sont conduites depuis 2009 sur les flammes et boules de flammes, dans l’équipement FLEX puis FLEX-2 : Flame Extinguishment Experiment (expérience sur l’extinction de flamme).

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C’est le Prof. Forman Williams qui est en charge du programme, Il dirige les recherches sur la combustion de l’Université de Californie, San Diego et a travaillé sur le sujet pendant 50 ans.
Dans FLEX, ce n’est plus de l’hydrogène, mais une goutte d’heptane ou d’éthanol qui est enflammée. A la lecture de la page dédiée à FLEX sur le site de la NASA, on comprend que les résultats obtenus confirment les travaux précédents et que de nouvelles surprises attendaient les scientifiques. Dans certaines conditions, la combustion de la goutte d’heptane se poursuit après l’extinction de la flamme !

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Avec une flamme visible ou non, la combustion a bien lieu. Les taches blanches sont les électrodes qui mettent feu à la goutte d’heptane. – Photos : NASA

Le Prof. Williams explique: « En fait, il y a bien une flamme, mais elle est « froide » (cool en anglais) et invisible à l’œil nu. Un tel régime de combustion n’avait jamais été envisagé ni observé. En général, la flamme qui entoure la goutte de comburant brûle à une température entre 1200et 1700°C ; une flamme froide brûle avec une température de l’ordre de 200 à 500°C  seulement, et sa chimie est complètement différente. Une flamme normale produit de la suie (la partie visible de la fumée), du CO2 et de l’eau. La flamme froide produit du monoxyde de carbone et du formaldéhyde. »

La flamme froide stable n’est à ce jour pas reproductible sur terre : elle s’éteint très rapidement. Dans l’espace elle brûle durant plusieurs minutes. Si les chercheurs parvenaient à la produire durablement sur terre, ce serait enfin un moyen de rendre les moteurs diesel moins polluants.

Un nouveau dispositif FLEX-2J, en collaboration entre NASA et JAXA permettra certainement d’autres avancées sur la combustion en microgravité qui occupe les scientifiques depuis 1984 !

3.2.1…Feu… à bord !

Si les expériences contrôlées avec le feu sont nombreuses, il apparait évident que le feu dans l’habitacle d’un vaisseau spatial est très dangereux : la fumée, plus vite que le feu, va se propager très rapidement dans tout l’habitacle, et étouffer les astronautes.
Mais comme le montrent les résultats des expériences SOFBALL et FLEX, les flammes brûlent lentement, se propagent lentement, ne dégagent pas toujours de fumée, sont peu ou pas du tout visibles et sont à la recherche des moindres traces d’oxygène pour se maintenir. Si un astronaute tentait d’étouffer une flamme avec un vêtement, il produirait un afflux d’air et accélérerait la combustion – c’est-à-dire l’effet inverse à ce qui est désiré !

C’est pour cette raison que l’ISS est équipée de plusieurs masques à oxygène portatifs dont l’autonomie de 10 minutes permet aux membres d’équipage soit de parvenir à éteindre le feu, soit à atteindre le module d’évacuation d’urgence. Chris Hartley s’est amusé avec l’un de ces masques dont la date d’utilisation avait expiré :

Video: Introduction à la protection contre le feu dans l’ISS par Chris Hartley

En 1989, à bord de Columbia un court-circuit dans un équipement a produit de la fumée et des gerbes d’étincelles ; l’équipage n’a pas été mis en danger. Cela semble constituer l’incident « feu » le plus grave à bord d’une navette.

A bord de MIR, plusieurs feux se sont déclenchés, l’un d’entre eux en Février 1997 : Jerry Linenger rapporte qu’un réservoir en métal -contenant du perchlorate utilisé pour produire de l’oxygène dans la station- a pris feu. « Cela ressemblait à une boite d’allumettes qui aurait pris feu, avec des flammes qui mesuraient environs 30 cm. » Il pouvait voir de la cire fondre…mais en y regardant bien, ça n’était pas de la cire : c’était le métal du réservoir qui était en train de fondre, ce qui donne une idée de la température de la flamme ! L’équipage a réussi à maitriser le feu. Cet incident a impliqué de nombreuses modifications à la fois sur la méthode de fabrication de ces réservoirs, et sur les conditions de leur utilisation dans l’espace. Mais il a surtout rappelé a tous les risques liés au feu dans l’espace et la nécessité de mieux comprendre la combustion en absence de gravité pour assurer la sécurité des personnes en orbite.

Un relai de flamme vraiment spectaculaire : sous l’eau !

On sait maintenant que la flamme olympique n’a pas brûlé dans l’ISS, ni dans l’espace. On sait cependant qu’en présence d’oxygène elle aurait pu brûler, lentement et aurait pris une forme de boule. Finalement, cette effervescence autour de flamme olympique dans l’espace c’était surtout symbolique et pas très spectaculaire.

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La torche est bien là, dans la station et hors de la station mais sans la flamme
Photos: NASA-TV et Roscosmos

En comparaison, un relais, moins médiatisé, effectué sous le lac Baikal, était pourtant bien plus spectaculaire :

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Mais était-ce vraiment le premier vol d’une torche olympique dans l’espace ?

La-encore il fallait lire entre les lignes des articles : dans l’espace ou bien hors du véhicule spatial ?

La torche de Sotchi 2014 est bien la première à faire une sortie extra véhiculaire, c’est-à-dire dans l’espace proprement dit. Mais en 1996 (Columbia, vol STS-78) et en 2000 (Atlantis, vol STS-101), les navettes spatiales ont aussi transporté la torche des jeux olympiques de Sydney et Atlanta en orbite autour de la terre.

Et pour l’anecdote, un relai de la torche olympique a pris place devant la base de lancement de la navette avant l’envol d’Atlantis (vol STS-79) vers la station Mir.

La torche olympique dans les mains de Robert Brenton et Jean-Jacques Favier avant d'embarquer dans la navette - Photo: NASA

La torche olympique dans les mains de Robert Brenton et Jean-Jacques Favier avant d’embarquer dans la navette – Photo: NASA

Ici c'est James Voss qui pose avec la torche durant la mission STS 101 - Photo: NASA

Ici c’est James Voss qui pose avec la torche durant la mission STS 101 – Photo: NASA

Le mot de la fin : la flamme vue de l’espace, ça ressemble à quoi ?

Réponse en image: vous la voyez?

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L’équipage de l’ISS nous offre une vue unique de la flamme olympique…depuis l’espace !
Photo: équipage ISS

Une réflexion au sujet de « Le mystère de la flamme dans l’espace »

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