Souvenirs de campagne de lancement – bêtisier

En 50 ans de campagnes, et plus de 700 lancements de Fusex, Planète Sciences a développé son savoir-faire sur la base d’expériences vécues. Le Cahier des Charges Fusex est d’ailleurs rempli de règles issues de ces expériences qui se sont parfois révélées malencontreuses pour le projet des clubs. Retour sur quelques anecdotes, et règles du cahier des charges.

La chronologie, c’est aussi une checklist – ou comment éviter les erreurs de dernière minute dues au stress, la fatigue…

  • Laurent R. a testé pour vous. Millau 2000 : Minif avec une jolie chronologie bien détaillée et une minuterie un peu compliquée. Le membre de club n’a pas beaucoup dormi et le samedi matin, lors du lancement, il manipule les interrupteurs sans lire la chronologie. La fusée part et se crash… car l’un des interrupteurs était en mauvaise position.
    Moralité : si on prépare une chronologie ce n’est pas pour rien
    Moralité bis : prévoir une mise en œuvre simple
  • Mulder raconte. La Courtine 2007 – projet Nishiki-goi (UCG): fusée bi-étage (second étage inerte).
    La fusée impeccable et reçoit tous les OK pour lancement.
    Décollage, apogée, largage CanSat, séparation second étage, parachute CanSat ouvert, parachute premier étage largué, parachute second étage ouvert…et premier étage qui continue sa course balistique, sans son parachute…car il n’était pas accroché! Belle boulette à l’arrivée!

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Voila qui nous rappelle entre autres la règle REC13 du cahier des charges : le ralentisseur doit être suffisamment solide pour résister au choc à l’ouverture.

Cette règle s’applique à toute la chaine de récupération, c’est à dire les sangles,  suspentes et les attaches sur la fusée. En effet, le choc à l’ouverture peut être très important, supérieur 300Kg!! La formule de calcule de la force à laquelle doit résister le système est précisée dans le Cahier des charges.

Flying Tigers, les suspentes, après le vol: ça tire fort sur les sangles du parachute! - Crédit photo: N. Nakano

Flying Tigers, les suspentes, après le vol: on vous l’a dit, ça tire fort sur les sangles du parachute! – Crédit photo: N. Nakano

Si nécessaire, on rappelle ici la raison de cette règle : le ralentisseur n’est pas très efficace s’il n’est plus attaché à la fusée ou s’il est déchiré…

Quelques conseils :

  • Plus le parachute est grand, plus le choc est violent à l’ouverture. Alors soyez raisonnable sur la taille du parachute.
  • Pensez bien que toute la chaîne doit résister au choc ! Utilisez des sangles en acier ne sert à rien si on rajoute un émerillon en fer blanc.

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  • La Courtine 2009 – Projet S1 (TKRC): fusée prévue avec 3 CanSats mais seuls 2 ont pu être terminés. Il s’agit d un démonstrateur inerte de satellite (Demoiselle, réalisé à La Réunion) et d’un CanSat préparé par un groupe de lycéens. Vol nominal de la Fusex, CanSats largués, parachute ouvert, ils sont retrouvés au sol. Résultats de l’expérience des lycéens: aucun – les élèves avaient oublie d’insérer la carte mémoire dans l’appareil photo…
    Moralité : préparer une chronologie détaillée c’est important, l’appliquer c’est ce qui va sauver le projet !
  • Projet Fusex fin des années 90 : les données sont enregistrées à bord, sur une mémoire active. La fusée décolle. Retombe sous parachute : vol nominal. Les membres du club partent la récupérer, la retrouvent, prennent des photos pour célébrer ce moment de joie puis éteignent la fusée. Erreur ! Les données sauvegardées ont alors été effacées ! Ils avaient en effet oublié de lire leur chrono qui indiquait comment bien éteindre leur projet !
    Moralité: C’est pour cela que le dossier Excel de suivi des projets comporte une ligne « prévoir un système de non-écrasement des données » dans le cas de données sauvegardées à bord.

Le vol simulé, le test compatibilité rampe : pour mettre la fusée en conditions aussi réelles que possible

  • Laurent rapporte : j’assurai une visite de pré-qualification d’une Fusex de l’IFITEP en 1998 (?). Très jolie fusée en plusieurs morceaux. L’équipe élec’ montre les différentes cartes et comment on les branche ensemble. L’équipe méca montre les morceaux de fusée et comment on assemble les différentes parties. Personne ne comprend pourquoi je  demande à voir la fusée complètement montée avec l’élec. Les membres du club sont réticents, disent que ça ne sert à rien… mais s’exécutent. Les cartes sont donc placées dans les différents tubes, les tubes assemblés entre eux. Et c’est alors que je pose la question qui fait mal: « maintenant que votre fusée est fermée, comment faites-vous pour connecter les cartes entre elles? » Eh oui, dû à un problème de conception, il était impossible de connecter physiquement les cartes dans la fusée! Mais ça ne se voyait pas sur les schémas électroniques !
    Moralité : durant la conception il faut penser aux conditions d’assemblage la fusée.
  • Campagne dans les années 2000: durant le vol simulé de Fusex, un club lit sa chronologie : « Basculer l’interrupteur n°2 » Et c’est là que les membres du clubs se rendent compte qu’il ne peuvent pas basculer l’interrupteur n°2 car  le trou dans la peau de la fusée n’a pas été percé. Retour au stand.
    Moralité : une chronologie (et un vol simulé), ça permet d’éviter au pyrotechnicien l’opération délicate de retirer une fusée équipée de son propulseur en rampe…
  • Vincent R. se souvient : durant la campagne régionale à Saintes vers 2007. Une très belle minifusée réalisée dans les règles de l’art. Une bémol cependant : les fiches, notamment jack sont très mal placées et sont proches du patin qui glisse dans la rampe. Durant l’insertion en rampe le jack a bougé et il a déclenché le système pyro d’ouverture de la case parachute. On était en fin de créneau de lancement, la fusée n’a pas pu partir.
    Moralité : prévoir un système d’ouverture qui se ré-arme facilement. Pensez bien que vous aurez certainement beaucoup de tests d’ouverture à faire (surtout s’il y a des problèmes). Alors s’il faut 2 heures entre chaque tests vous allez y passer toute la campagne!
  • Contrôle d’une minif à Saintes en 2000 ou 2001 : la trappe parachute glisse vers le bas dans l’axe longitudinal. La trappe est retenue par un fil relié à une poulie. Devinez qu’est ce qui se passe lorsque la bobine se déroule et que la porte descend ? Et bien le fil de la porte qui empêche le parachute de sortir !
  • Millau 2001 : test de qualification d’une Fusex. On insiste pour faire le test d’ouverture avec les vis d’intégration serrées. Encore une fois le club râle mais le fait. Le test échoue car l’une des vis de la structure, quand on la serrait, écrasait un fil électrique de la minuterie…
    Moralité : toujours faire des tests en situation réelle…

Solidité : la fusée résistera aux vibrations, chocs…

  • Vincent R. rapporte : Campagne régionale à Moulins en 2006 ou 2007. La minifusée était nickel. Le système d’ouverture de la trappe parachute est déclenché à l’aide d’un élastique autour du tube. L’élastique devait être arraché au décollage. Mise en rampe et mise à feu : c’est en fait l’élastique qui a arraché les aillerons. Culmination de la minif à 2.5m avant éclatement du tube !
  • Clément M. se souvient : Campagne régionale, fusée de l’Aéro-Efrei. Les contrôleurs estiment que les fiches jack risquent de se détacher trop facilement et demandent à ce qu’elles soient serrées plus solidement dans sa prise femelle intégrée dans la fusée. Le club fait la correction. La fusée est qualifiée. Elle est mise en œuvre. 3..2..1..0 La fusée décolle …. avec la rampe !
  • Hervé M. se souvient : Seconde campagne en 1963 à La Courtine. Fusée Europe Alpha. La séparation des étages était assurée par un boulon explosif…largement dimensionné. La veille du lancement, un dernier test de validation est réalisé : la fusée est posée sur le sol, le boulon explose, réduisant la fusée à l’état de débris. Il a fallu la reconstruire dans la nuit à l’aide d’éléments disponibles autour de La Courtine. C’était un peu du bric à brac. La fusée a volé, le parachute s’est ouvert. La fusée n’a jamais été retrouvée !

Électronique: prévoir l’imprévisible…

  • Clément M. a testé avec l’Aéro-Efrei : minifusée lancée lors d’une campagne régionale, au mois de Mars. Froid intense. Avant de partir en campagne, tout fonctionnait bien dans la fusée ; une fois sur place, elle ne fonctionne plus ! Elle n’est pas lancée. Retour au club : on consulte la datasheet des composants : l’un d’entre eux ne résiste pas aux températures négatives !
  • Patrick D a testé pour vous : sur le schéma de l’une de nos cartes électroniques, nous avions mis un Ampli Opérationnel à l’envers. En réalisant la carte, on se rend contre du problème. Mais comme le composant est symétrique, on s’est dit que ce n’était pas la peine de tout refaire, il qu’il faudrait juste penser à mettre le composant dans le bon sens. Les tests au club se passent bien. A la campagne, et après de nombreuses nuits blanches, que fait-on ? On place le composant comme indiqué sur le schéma. La carte électronique chauffe…et ne fonctionne plus. Conclusion, carte grillée et le projet a été reporté à l’année suivante.
Sens unique: attention à l'orientation des composants!

Sens unique: attention à l’orientation des composants!

 

Quelques conseils avant de partir en campagne…

  • Souder les piles de vol, cela permet d’éviter les faux contacts durant le vol. Oui je sais c’est long et pas facile mais ça peut sauver vos mesures durant le vol !
  • Prévoir 2 jeux de piles en plus des piles de test, l’un servira pour le vol simulé (la dernière étape des contrôles), l’autre pour le vrai vol. Il arrive que le vol simulé s’éternise et que les piles soient vidées durant ce test, si vous n’avez pas d’autres piles de vol votre salut semble compromis…
  • Mettre des points de test sur vos cartes électroniques et des cavaliers pour isoler les différents blocs. La chasse aux bugs (et elle aura lieu, faites confiance à Murphy) n’en sera que plus facile.
  • Faire un câblage propre, si possible avec un code de couleur et, surtout, réaliser un plan de câblage. Rien de plus énervant que de ne plus savoir quel fil fait quoi quand on veut dépanner la fusée.

Vous avez, vous aussi, des souvenirs de projets ratés, reportés, ou sauvés in-extremis? Partagez-les en ajoutant des commentaires à cet article.

    2 réflexions au sujet de « Souvenirs de campagne de lancement – bêtisier »

    1. Biscarrosse – CSPACE: J’ai souvenir d’un club qui le dernier jour des lancement, s’aperçoit en rampe qu’il a oublié de recharger/remplacer ses batteries – Heureusement c’était le matin – retour en tente club pour remplacer les batteries et par chance, ils ont pu avoir un nouveau créneaux de lancement -Mais voila que les dieux du vent s’en mêlent et que nous sommes obligés d’interrompre la campagne plus tôt que prévu – Conclusion, fusée pas lancée – C’est bien dommage de ne pas avoir noter dans la chronologie qu’il fallait mettre en place les batteries de vol

    2. Philippe M. rapporte:
      27 août 1977, à La Courtine, Fusex Deprofondis, moteur chamois par le club MAC de Marseille.

      L’expérience est un poil compliquée ; des cellules végétales et animales sont placées sur des lamelles de microscope, photographiées et placées dans un dispositif. Ce dispositif libère à l’accélération un liquide spécial (pico-formol de Boin) qui « gèle » les cellules immédiatement en l’état.. Aprés le vol, on compare et on espère vérifier un éventuel déplacement du noyau des cellules.
      On a essayé le dispositif plein de fois, on a fait les essais rampe aussi, mais pas les deux ensemble.
      (2 heures de préparation du dispositif, ça refroidit)

      Donc préparation du dispositif en tente club. Intégration dans la fusée. Tout est bon. A ce moment, le responsable de la manip prévient « Maintenant, on garde la fusée verticale ». Et oui, on savait que le dispositif armé devait être tenu verticalement, mais nous avions utilisé la chrono type sans y réfléchir davantage…

      Nous voilà alors, descendant sur rampe, maintenant la fusée verticale avec les précautions d’usage. Bon….Si on ne peut pas coucher la rampe avec la fusée à l’intérieur, on va la dresser dés le début de la chrono. Et ce sera donc ce sera une insertion par le haut !!! car Obélix (ou Astérix je sais plus), une fois dressée, ne permet pas de glisser la fusée par dessous…. Escabeau, échelle, on introduit la fusée verticalement par le haut de la rampe, et on la glisse délicatement jusqu’en bas…

      La télem nous indique le liquide s’est bien écoulé à l’accélération. Je sais plus si le parachute s’est ouvert, mais nous n’avons pas obtenu de résultats, car nous n’avons pas retrouvé la fusée!

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